Julien Adam Musique

Ce qu'il reste à écrire

Mis à jour : 31 oct 2019

J’ai parfois l’impression que tout a déjà été dit.

Que chaque mot du vocabulaire chrétien a déjà été utilisé dans au moins quarante chansons, que chaque principe ou thème biblique qui peut être chanté l’a déjà été.

J’ai parfois l’impression que notre jargon tourne en rond.

Alléluia ! Je te loue ! J’ai soif de toi ! Tu es bon ! Ton nom est grand ! Etc.


Alors qu’il publiait un nouveau recueil de poèmes, on a demandé à Gilles Vigneault comment il faisait, à l’âge de 90 ans et après tant d’années d’écriture, pour encore trouver quelque chose de nouveau à écrire. Et lui de répondre : « ce qu'il reste à écrire, c'est ce qui a déjà été écrit, mais en mieux ».


Ce qu’il reste à écrire, c’est ce qui a déjà été écrit, mais en mieux. - Gilles Vigneault


J’aime l’humilité de cette réponse. Malgré le CV qu’on lui connait, Vigneault ne prétend pas inventer quelque chose de nouveau chaque fois qu’il gratte un bout de papier, mais il voit ce qu’il fait simplement comme, s’il ajoutait une pierre à un édifice déjà existant, comme s’il ne faisait que polir un morceau de verre pour qu’on voie un peu mieux au travers.


Adoptons une attitude d’humilité

Reconnaissons qu’on ne réécrira pas la Bible et qu’on ne réinventera pas la louange avec notre prochaine chanson, mais réjouissons-nous plutôt d’ajouter notre pierre à l’édifice de louange qu’ont construit les adorateurs de l’Église de Christ depuis 2000 ans. Admettons aussi que la composition d’un bon chant de louange est premièrement une question de relation avec Dieu et non d’habileté d’écriture ni de mots.

C’est un peu la pensée de l’Ecclésiaste, lorsqu’il dit qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Il nous invite à trouver notre contentement en Dieu plutôt que dans la nouveauté (Ecc 1.9-10). Je ne parle pas de devenir blasé et désillusionné, résigné devant le fait que «de toute façon, il n’y a rien de nouveau à dire», mais simplement de rester humble, toujours plus émerveillé et plus inspiré par le Dieu que nous décrivons que par notre façon de le décrire.


Visons l’excellence

Nous n’écrivons jamais pour faire moins bien ou égal à ce qui existe déjà, nous voulons toujours faire mieux, toujours aborder d’une façon fraiche et nouvelle le thème que nous avons à l’esprit même si celui-ci a déjà été visité des centaines de fois. Je ne commence jamais à travailler sur une chanson en me disant qu’elle ne sera surement pas aussi bonne que la précédente, mais au contraire, je veux toujours faire de mon mieux, je veux toujours écrire une chanson qui soit unique.

En ajoutant à cela que le Dieu que nous louons est un Dieu infini, hors de toute imagination et compréhension humaine, soyons assurés qu’il reste du temps avant qu’on ait épuisé toutes les façons possibles de le décrire. Si nous nous contentons souvent de formules déjà entendues dans d’autres chansons, c’est simplement parce que nos oreilles y sont habituées et que de ce fait même, ces formules semblent bien fonctionner. Mais notre rôle d’auteur est de creuser, de polir davantage. De créer et non de se répéter.


Visons plus haut

Si la contemplation des œuvres créées dans le passé nous pousse à l’humilité, cette humilité, elle, nous invite à rehausser nos standards, à viser plus haut, à tailler notre pierre jusqu’à ce qu’elle soit apte à participer à la beauté de l’édifice et qu’elle y trouve sa place. Rehausser ses standards signifie par la suite plus de travail, plus d’efforts, plus de réflexion, certes, mais finalement cela donnera accès à plus de possibilités. Cela permettra de découvrir de nouvelles façons de formuler une pensée, de nouvelles tournures de phrase, que ce qu’on pensait avant ne pouvoir exprimer que d’une seule façon peut en fait se dire de mille façons tout aussi variées et créatives les unes que les autres. Mais cela demande de viser plus haut et de travailler plus fort.

Selon Dany Laferrière, «la première qualité d’un écrivain, c’est d’avoir de bonnes fesses». En d’autres termes, si nous voulons écrire quelque chose d’intéressant et d’unique, quelque chose qui va sortir du lot, trouvons-nous une chaise, asseyons-nous et mettons-nous au travail.